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« De leur origine à nos jours, la vocation militaire des outre-mer ne s’est pas démentie. Elle trouve de nouveaux ressorts dans les mutations géopolitiques contemporaines qui en redéfinissent les termes. » – Pr Fred CONSTANT, Géopolitique des Outre-mer, Entre déclassement et (re)valorisation, Le Cavalier Bleu Editions, 2023 p. 83
Lors de son adresse à la Nation du 5 mars 2025, le président Emmanuel Macron a mis en lumière plusieurs enjeux diplomatiques et géostratégiques. Le réarmement de l’Europe et la mise en place d’une vraie défense qui ne repose plus sur des « forces extérieures », face à la « menace » que constitue désormais la Russie (avec une réplique rapide et anxiogène de Moscou), et l’incertitude du fait des récentes prises de position des USA par le truchement de Donald Trump, doivent aussi nous pousser à nous poser la question suivante : Et les Outre-mer français, dans tout cela ?
Alors que la France et l’Europe se préparent à une recomposition accélérée des rapports de force internationaux, les Outre-mer devraient, dans l’intérêt de la France, s’affirmer comme des territoires clés dans l’architecture de défense et idéalement, émerger comme atout de la diplomatie française. Non seulement ils permettent une projection militaire à l’échelle mondiale, mais ils sont aussi des espaces d’influence où la France doit urgemment renforcer sa présence par une coopération régionale accrue et une diplomatie territoriale audacieuse. Rien de bien nouveau pour les spécialistes des Outre-mer qui plaident pour une revalorisation de ces territoires depuis nombre d’années, afin qu’ils ne soient plus uniquement considérés comme les derniers confettis de l’Empire, au mieux, ou comme des territoires problématiques sous perfusion financière, au pire.
Dans un contexte où la Russie adopte une posture de plus en plus agressive et où la Chine étend méthodiquement son empreinte dans la Caraïbe et le Pacifique, la valorisation des territoires ultramarins français ne peut plus être pensée comme un enjeu périphérique pour la France. Elle doit, au contraire, et à mon sens, être au cœur d’une stratégie globale de défense et d’influence.
1. Sécuriser les Outre-mer face aux superpuissances proches
Si la France est protégée en Europe continentale par l’OTAN et son propre arsenal nucléaire dissuasif, ses territoires ultramarins, eux, sont en première ligne. Leur proximité immédiate avec des superpuissances problématiques les expose à des stratégies d’influence, voire à des tentatives de déstabilisation.
Dans la Caraïbe, l’implantation croissante de la Chine, via des investissements massifs dans les infrastructures portuaires et énergétiques de plusieurs pays insulaires, modifie profondément l’équilibre régional. Pékin renforce sa présence économique et politique, notamment en Jamaïque, à Cuba, aux Bahamas (comme le souligne Mylène Colmar sur son blog : Grande Caraïbe : une présence de plus en plus marquée de la Chine en 3 projets majeurs), et en Dominique, alors même que la France peine à utiliser ses Outre-mer de la Caraïbe pour entretenir un soft power qui pourrait grandement bénéficier d’une proximité culturelle et humaine avec le reste de la Caraïbe. Cette situation rend urgente une redéfinition de la diplomatie française dans la région, en intégrant les collectivités majeures, pour éviter un isolement stratégique et assurer une continuité d’influence face aux manœuvres chinoises et aux potentiels risques états-uniens.
Dans l’océan Indien, Mayotte et La Réunion se situent dans une zone où la montée en puissance militaire chinoise et la lutte d’influence entre l’Inde et Pékin font peser de nouveaux risques. La France gagnerait à renforcer ses alliances avec les pays voisins tout en sécurisant ses bases et ses infrastructures portuaires.
Dans le Pacifique, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française sont au cœur des rivalités sino-américaines. La présence chinoise dans la zone (cf. interview de Bastien Vandendyck , spécialiste de questions océaniennes sur TV5 Monde : Quelle est l’influence chinoise sur les nations du Pacifique ? | TV5MONDE – Informations) démontre une volonté claire de remodeler l’influence régionale, ce qui rend impératif un renforcement des liens entre la France et ses alliés locaux, notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Dans ce contexte, les Outre-mer devraient être des acteurs actifs de la sécurité régionale. Cela passe par :
2. Faire des Outre-mer des piliers d’une diplomatie territoriale ambitieuse
Face à la reconfiguration des rapports de force mondiaux, la France gagnerait à mieux reconnaître les atouts géostratégiques des Outre-mer et en faire des acteurs diplomatiques à part entière.
Pourquoi ? Parce que ces territoires sont en prise directe avec leur environnement géopolitique, qu’il s’agisse des organisations régionales ou des grandes stratégies de puissance en cours.
Dans la Caraïbe, par exemple, la France ne peut plus se contenter d’une posture attentiste face à l’expansion chinoise. Elle doit renforcer sa diplomatie économique et culturelle, en s’appuyant sur la Guadeloupe, Saint-Martin et la Martinique comme plateformes d’influence et de coopération avec leurs voisins. Cela signifie :
3. Les Outre-mer : vers de nouveaux centres d’excellence diplomatique ?
Si la France veut préserver son rang face aux recompositions géopolitiques, elle doit impérativement repenser sa diplomatie, aujourd’hui trop centralisée et jacobine. Les territoires ultramarins, au carrefour des tensions géopolitiques, doivent devenir de véritables centres d’excellence diplomatique, capables de mener des dialogues régionaux autonomes tout en s’inscrivant dans la stratégie globale française.
Cela implique :
Les Outre-mer sont bien plus que des avant-postes militaires ou des territoires administrés. Ils sont les piliers d’une nouvelle diplomatie territoriale, ancrée dans leur réalité régionale et tournée vers l’influence stratégique. Il est temps pour la France de l’accepter et de leur donner les moyens de jouer ce rôle essentiel.
