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Les 27 et 28 mai 2026, la Dominique a accueilli la 13e réunion du Conseil des ministres de la durabilité environnementale de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (COM:ES 13), autour d’un thème particulièrement révélateur des défis de notre époque : « La détermination collective de l’OECO : des voies innovantes dans un paysage mondial à haut risque ». Derrière cette formule se cache une réalité que les territoires caribéens connaissent bien. Changement climatique, crises énergétiques, pressions sur les ressources naturelles, multiplication des catastrophes naturelles, prolifération des sargasses, dégradation des écosystèmes côtiers ou encore stress hydrique : la Caraïbe est devenue l’un des laboratoires mondiaux des vulnérabilités environnementales. Mais elle est également un laboratoire de solutions.
À Roseau, les discussions ont démontré que l’OECO ne se contente plus d’alerter sur les risques. L’organisation régionale cherche désormais à structurer des réponses collectives, fondées sur la coopération, la science, l’innovation et la mobilisation de financements internationaux. Parmi les nombreux dossiers examinés, quatre initiatives méritent une attention particulière.
1. SARSEA : transformer la crise des sargasses en stratégie régionale
Pendant longtemps, les sargasses ont été abordées comme un simple problème de nettoyage des plages, une problématique financière et logistique pour les collectivités territoriales déjà en difficulté. Cette vision apparaît aujourd’hui largement dépassée. Les échouages massifs observés depuis plus d’une décennie affectent les mangroves, les herbiers marins et les récifs coralliens. Ils fragilisent également le tourisme, la pêche, la santé publique et les économies locales. C’est précisément pour répondre à cette réalité qu’a été lancé le projet SARSEA (Stratégies régionales de lutte contre les sargasses pour l’élaboration d’actions fondées sur l’écosystème), financé à hauteur de 8 millions d’euros par l’Agence française de développement et mis en œuvre avec l’OECO.
L’intérêt de SARSEA réside dans son approche globale.Il ne s’agit plus simplement de collecter les algues lorsqu’elles arrivent sur les côtes, mais d’organiser une véritable gouvernance régionale du phénomène. Le projet vise à renforcer la coopération entre États caribéens, améliorer la recherche scientifique, harmoniser les stratégies de gestion et développer des filières de valorisation économique. Autrement dit, l’objectif est de passer d’une logique de gestion de crise à une logique de planification. Et c’est bien là que la valeur ajoutée du projet se situe. Dans une région où les courants marins ignorent les frontières administratives et les différences de statuts politiques, cette approche régionale apparaît comme une évidence. Les sargasses constituent un problème transfrontalier qui nécessite une réponse transfrontalière.
2. La géothermie : vers une souveraineté énergétique caribéenne ?
L’énergie reste l’un des principaux freins au développement économique de nombreux territoires caribéens. La dépendance aux hydrocarbures importés expose les économies insulaires aux fluctuations des marchés internationaux tout en aggravant leur vulnérabilité financière. Dans ce contexte, la géothermie s’impose progressivement comme l’un des dossiers stratégiques majeurs de l’OECO. La Dominique occupe aujourd’hui une position particulière dans ce débat. Grâce à son potentiel volcanique exceptionnel, le pays développe depuis plusieurs années un projet géothermique appelé à devenir l’un des plus importants de la région.
Au-delà de la production nationale d’électricité, l’ambition est régionale : faire émerger un modèle caribéen d’énergie renouvelable capable de réduire la dépendance énergétique des petits États insulaires. La question est loin d’être uniquement technique. Elle touche à la souveraineté énergétique, à la compétitivité économique, à la transition écologique mais aussi à la coopération régionale. Les discussions autour des interconnexions futures, du partage d’expertise et de la mobilisation des investissements montrent que la géothermie pourrait devenir, dans les prochaines années, un véritable levier d’intégration caribéenne. Pour les territoires français de la Caraïbe qui réfléchissent aujourd’hui à leur avenir énergétique, ces expériences régionales méritent d’être observées avec attention. Je vous invite à lire le billet que j’ai déjà consacré ici-même à ce sujet : Dominique–Guadeloupe : bâtir une sécurité énergétique commune
3. REMAR : restaurer les mangroves pour protéger les populations
Parmi les annonces récentes mises en avant lors du COM:ES 13 figure également le projet REMAR (Resilient Ecosystems through Mangrove Restoration). Doté de 5,5 millions d’euros sur cinq ans, ce programme associe l’OECO, l’Agence française de développement et le Fonds français pour l’environnement mondial. Son objectif est simple : restaurer les mangroves et renforcer leur gestion durable dans plusieurs territoires de la Caraïbe, notamment la Guadeloupe, la Martinique, Sainte-Lucie, la Grenade et Saint-Vincent-et-les-Grenadines.
Pourquoi les mangroves sont-elles si importantes ? Parce qu’elles constituent l’une des infrastructures naturelles les plus précieuses de la région. Elles protègent les côtes contre l’érosion, réduisent l’impact des tempêtes, améliorent la qualité de l’eau, servent de nurseries pour de nombreuses espèces marines et capturent d’importantes quantités de carbone.
Dans le contexte du changement climatique, elles représentent un investissement souvent plus rentable que certaines infrastructures artificielles de protection côtière. Le projet REMAR traduit ainsi une évolution importante des politiques environnementales contemporaines : considérer la nature non plus comme une contrainte au développement mais comme une composante essentielle de la résilience économique et sociale.
4. L’eau : le prochain grand défi caribéen
Enfin, l’un des sujets les plus structurants, bien que parfois moins médiatisé dans la grande région, concerne la gestion de l’eau. La Caraïbe est souvent perçue comme une région abondamment arrosée. Pourtant, la réalité est beaucoup plus complexe. Les sécheresses deviennent plus fréquentes, les réseaux de distribution vieillissent, les pertes techniques restent importantes et les phénomènes météorologiques extrêmes perturbent de plus en plus l’accès à la ressource.
C’est dans ce contexte que se développe le travail du Global Water Partnership Caribbean (GWP-C), réseau régional qui rassemble aujourd’hui plus de 120 partenaires dans vingt-deux territoires. Son approche repose sur le principe de gestion intégrée des ressources en eau. Concrètement, cela signifie que l’eau ne doit pas être pensée uniquement comme une question de production ou de distribution, mais comme un système global associant environnement, agriculture, urbanisme, énergie, santé publique et développement économique.
Cette approche est particulièrement pertinente pour les petits États insulaires dont les ressources sont limitées et fortement exposées aux effets du changement climatique. L’enjeu est considérable : sans sécurité hydrique, il ne peut y avoir ni sécurité alimentaire, ni sécurité énergétique, ni développement durable.
Une Caraïbe qui expérimente les solutions de demain
La COM:ES 13 a rappelé une réalité fondamentale : la transition écologique caribéenne ne se résumera pas à l’adoption de nouvelles technologies. Elle reposera avant tout sur la capacité des territoires à coopérer et innover ensemble. Qu’il s’agisse des sargasses, de la géothermie, de la restauration des mangroves ou de la gestion de l’eau, les défis environnementaux de la région dépassent les frontières nationales et exigent des réponses collectives.
Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude géopolitique, les crises climatiques et la compétition pour les ressources, l’OECO cherche ainsi à démontrer qu’une autre voie est possible : celle d’une intégration régionale fondée sur la solidarité, la connaissance scientifique et l’innovation. Pour la Caraïbe, l’enjeu n’est plus seulement de s’adapter aux crises à venir. Il est désormais de devenir un territoire capable de produire les solutions dont le monde aura besoin demain, et ce faisant, créer et structurer une économie de l’innovation et de l’intelligence environnementale.
